Je suis rentrée mardi. Et putain, ce trajet était bien trop épique pour tomber dans l’oubli.
Un peu comme à chaque fois que je prends l’avion à un horaire avantageux niveau dépense en pépettes (« décollez à 6h du matin et économisez 300€ /o/ »), et aussi très certainement à cause du chaos émotionnel qu’un déménagement peut causer chez toute personne un temps soit peu dotée de sensibilité, j’ai été incapable de fermer l’oeil de la nuit. Coincée entre envie de profiter de chaque seconde restante, peur de ne pas me réveiller à temps et excitation du voyage, j’ai sincèrement remercié du fond du coeur mes insomniaques d’amis qui m’ont filé un bon coup de main dans le meurtre organisé du temps (Skype, mon amour).
Restée parfaitement éveillée toute la nuit durant, c’est évidemment au moment de quitter définitivement mon chez-moi que le coup de barre tombe. La tête dans le cul et mes 21 kg de bagages sur le dos, je me traîne donc vers l’arrêt de bus. Jusque là, aucun problème : le premier bus de nuit arrive pile à l’heure, l’interconnexion avec la seconde ligne nocturne se fait sans souci et je débarque même cinq minutes en avance sur le quai de Landstrasse/Wien Mitte pour attendre la première navette du jour vers l’aéroport. À 4h30 du matin, autant vous dire que l’ambiance était démente. Au moins l’aspect positif résidait dans ma quasi-solitude à l’intérieur du wagon, me laissant large choix de places pour poser séant et surtout l’intimité nécessaire pour laisser libre court à toutes mes émotions. C’était déjà avec nostalgie que j’ai admiré une dernière fois les lumières de la raffinerie défiler devant la fenêtre du train, avec en fond le ciel aux teintes pâles du soleil levant et le reflet d’un abruti me faisant des clins d’oies dégueu en croyant être l’objet de toute mon attention. Ce connard a réussi à briser un moment d’une beauté irréel en un éclair. Croiser mon regard dans le reflet de la vitre a dû être pour lui l’équivalent d’une invitation à s’assoir en face de moi et je me suis payée M. Relou jusqu’à ma destination finale. À croire que Vienne avait à coeur de me faire une petite piqûre de rappel avant que je ne retrouve nos grands amis les dragueurs du métro français.
C’est sur un « je suis arrogante parce que je suis française » que je suis parvenue à planter machin et à me diriger d’un pas un peu trop pressé pour être serein vers les check-in. Et les emmerdes ne faisaient que commencer.
Évidemment, je me suis plantée de hall. Sortie hall 1, il a fallu que je traverse tout l’aéroport pour me retrouver au hall 3, check-in d’Austrian Airline. Je pensais naïvement qu’à 4h du matin, j’aurais tous les agents d’accueil à mon entière disposition. Que nenni. C’était sans compter sur le mois de juillet et son flot intarissable de vacanciers excités. Épuisée par mon manque de sommeil et le petit coup d’adrénaline provoqué par M. Relou, la file d’attente de 20 minutes a achevé d’épuiser mes réserves. En conséquence, j’ai laissé choir mon sac à dos du poids d’un Saint Bernard mort sur mon pauvre petit bras déjà courbaturé, qui s’est bien vite auréolé de bleu. Joie. Incapable de remettre la chose sur mon épaule (et puis faut pas trop compter sur la Nachhilfe de nos potes austros hein), mon pauvre Quechua a vécu un sale quart d’heure à frotter sa face contre le sol en lino. Hissant avec peine la bête sur la balance, je constate avec soulagement qu’elle ne dépasse pas les 23kg autorisés, mais sens immédiatement mon soulagement s’évaporer quand l’hôtesse me redirige malgré tout vers les oversized, 30 mètres plus loin. « Vous comprenez, il n’a pas une forme standard, il bloquerait le tapis roulant ». J’vois pas en quoi un sac à dos 70 litres affublé d’un Eastpack ligotés à ses lanières et d’un duvet pour le couronner n’a pas une « taille standard ». Oui, c’est de la mauvaise foi. Mais y a pas que moi qui en est fait preuve ce matin-là.
En effet, les hasards de la vie ont voulu que l’équipe slovaque de tir à la carabine prenne pile ce jour l’avion pour aller Dieu seul sait où et bloque le comptoir des oversized pendant 40 minutes. Arrivée à ce stade, je savais plus trop si je devais rire ou pleurer. La fatigue l’emportant sur le reste, c’est du soulagement que j’ai ressenti derrière les contrôles, le tiers de mon poids étant (enfin !) déposé aux oversized et mon imprimante étant passée comme bagage à main comme une lettre à la poste. Pas de check du poids de la bête, pas de question concernant ce que la valise contenait : au - poil.
Heureuse de m’être débarrassée de tous mes problèmes, je m’avance d’un pas léger vers ma porte d’embarquement. Étant bien en avance, je me fais déjà un plan de grosse sieste sur les fauteuils, pépère. Porte 37F. Dommage qu’ils n’aient pas précisé à l’enregistrement que cette putain de porte se trouvait à 3km à pied des contrôles. Ou 20 minutes de marche. Bref. Dire que c’était LOIN quoi. Porte finalement atteinte, je largue mes bagages sur un siège de la salle d’attente et, histoire de me récompenser de mes efforts du matin, je file aux distributeurs me prendre un jus de fruit. Ma pièce de 2€ reste coincée dans la machine et mon ACE ne m’a finalement coûté que la modique somme de 4,50€. Joie suprême, un bébé hurle dans ma salle d’embarquement, réduisant à néant mes espoirs de sommeil. C’est exactement à ce moment que j’ai compris le message que Vienne me lançait : elle n’essayait pas de me retenir, elle était juste pressée de me voir partir.
J’pensais du coup qu’au moins Paris serait heureuse de me retrouver. Mais bon. Prenez le RER. Prenez un moustique. Mettez-le dedans et n’ayez aucune crainte, la meuf qui se fera piquer quatre fois, ce sera moi. Bienvenue en France.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire