lundi 20 août 2012

Lodève

On aurait pu croire que je parlerai du Sziget. Et j'en parlerai, n'ayez crainte (mais uniquement quand mes photos seront développées ; sans image, pas d'intérêt). Mais j'ai plutôt envie de partager une expérience marquante de ma lennnnnte remontée de la France.

L'étape à Lodève.

Déjà, Lodève, personne sait ce que c'est. Même Google me le souligne de ses petits pointillés rouges, l'air de dire "hummm non, j'crois pas non, Lodève, ça n'e-xi-ste-pas". Ben malheureusement, cher ami Google, malheureusement SI, ÇA EXISTE. Lodève, c'est un petit patelin coincé entre le Larzac et l'Auvergne. Rien que ça devrait donner l'envie de se suicider à n'importe quel quidam normalement constitué. Et bien non, à Lodève, il y a des habitants. Qui y vivent à l'année. Genre, normal. Leur vie se résume à se rouler dans les steppes brûlées et à faire du shopping à Carrefour Market, ça les satisfait bien. Normal. Pourtant comme ça, à première vue, Lodève c'est plutôt mignon, dans le genre pittoresque et brave campagnard. Ça a de la vieille pierre, ça a du relief. L'autoroute est pas si près, le charme bucolique est pas totalement rompu. Et puis le parachèvement de l'art paysan se retrouve quand même chez les gens. Leur ton bourru et leurs manières brusques. Non mais croyez pas que je fasse du racisme et tout hein (après tout je suis auvergnienne...), mais quand même. Je me suis même demandée s'ils ne le faisaient pas un tout petit peu exprès. Du genre, "on fait les paysans pleurnichards pour touristes en vadrouille dans des contrées inhospitalières et sauvages". Pour qu'on ait du cachet, du vrai, et célébrer le retour aux sources. Une connerie dans ce goût-là. Mais bon, j'ai dû être honnête avec moi-même, et ouvrir les yeux sur leurs tshirt Diesel et leur jean H&M. Tout ça n'était pas prémédité, non. C'était simplement l'image de leur antipathie notoire pour tout être étranger à leur si charmante commune.

Mais bon. Lodève pâtit sûrement de nos heures de pérégrinations entre les embouteillages et les itinéraires bis à la con. Peut-être que nous étions un peu fatigués, un peu énervés d'avoir perdu tant de temps à ne pas avancer. Peut-être que nous étions tout simplement les clients chiants et exigeants que j'ai envie de d'empaler sur un pilori quand ils osent pointer le bout de leur nez à ma caisse. Peut-être, donc, que personnes n'avaient envie d'être aimable avec nous. Admettons. Ça n'empêche que quand même, Lodève restera dans les annales. Nous arrivions le coeur emplit de bons sentiments, heureux de retrouver l'usage de nos jambes engourdies par des heuuuuuures interminaaaaaables de voiture, gais à l'idée de s'asseoir devant une table, extatiques en imaginant les plats préparés rien que pour nous arriver devant nos minois ravis... C'était sans compter sur les autres vacanciers. Qui avaient, bien sûr, déjà pris NOTRE place aux terrasses. Déçu, on a cherché dans l'immense (ironie) centre ville de Lodève d'autres endroits pour nous restaurer, et c'est avec plaisir, finalement, que nous avons jeté notre dévolu sur des salades et sandwichs Carrefour Market. Faut dire que c'est l'unique endroit où nous avions trouvé pitance. Sinon, à chaque porte on nous disait que c'était complet, qu'ils n'avaient plus rien. À croire qu'ils s'étaient passés le mot. On a trainé nos âmes misérables jusqu'à un café, où, pris de pitié, le patron nous a laissé nous installer pour déjeuner. Enfin. Après qu'on ait eu affronté son redoutable serveur. Le mec était monotâche. Prendre une commande et installer des gens en même temps relevait de la mission impossible pour lui. Sans-dé-co-nner. Il a eu l'air paniqué en nous voyant tous arriver. Comme pris au piège, il a de suite lancé un "mais on n'a pas de café hein !!" comme un banquier dirait qu'il n'a pas de billets. Sauf qu'en fait, ben, c'était pas une blague. La machine à café était vraiment cassée. Vous y croyez, vous, à un café qui ne sert pas de café ? Moi j'ai ri. Je me suis imaginé la tête des gens si je leur sortais que j'avais pas de cigarettes dans un bureau de tabac. Et puis j'ai un peu moins ri quand le gars à enchaîné sur le "on n'a pas de citron pour votre Perrier", puis quand il est revenu une deuxième fois s'assurer de notre commande d'une complexité redoutable "un Orangina c'est ça ? Et un diabolo citron ?", puis quand il a commencé à ranger les parasols et les tables de la terrasse. À treize heure trente. On a supposé que c'était l'heure de la sieste. Jusqu'à...

Jusqu'à ce que, oh ! rebondissement !, un ptit vieux à béquille ait la soudaine envie de prendre un verre de rosé (à défaut de café...) à la table jouxtant la nôtre. Bavoui, ça aurait été bête d'en choisir une autre, puisqu'on était les seuls clients du "café". Manquant de place, il pousse sa chaise contre celle de Laurence. Qui n'avait pas vraiment plus de place. Mais qui, bonne pâte, accepte quand même de se serrer le bide contre la table dégueu. N'allez plus dire que nous n'avons pas le coeur sur la main. À cet instant, je pensais sincèrement qu'on avait touché le fond. Mais Lodève est pleine de ressources...

Un AUTRE petit vieux est passé à proximité de nous, et s'est senti dans l'obligation impérieuse de nous adresser une parole. Parole ("vous pensez pas en avoir trop ?") que personne n'a compris de la même façon tellement elle était claire et judicieuse. La version de Manon donne "dégagez de mon chemin, ma majesté désire passer". La version de Pierre a rendu "trois femmes pour un homme, c'est un peu trop". La mienne relevait d'une nécessité vitale "donnez-moi votre nourriture". Ce qui, dans les trois cas, amenait, au mieux, une réponse négative, au pire, un regard de truite desséchée. Je pensais qu'on raclait les tréfonds du pire. C'était sans compter sur l'état de propreté des sanitaires. Mais je préfère ne pas m'appesantir sur ce point. Je me contenterai de dire que ça pouvait rivaliser avec les toi-toi, mais dans un café, avec du tout-à-l'égout et la possibilité, en temps normal, de maintenir ces lieux en un état de propreté correct. Car, oui, je doute fortement que 400 000 culs se posent sur les chiottes de Lodève. Mais c'est une simple présomption.